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DAO, la première société de financement participatif dématérialisée grâce à la blockchain

La cyberentreprise autonome, fondée sur la technologie algorithmique, révolutionne les échanges économiques. En deux semaines, elle a levé plus de 140 millions de dollars d’investissements en crypto-monnaie

C’est une révolution cryptographique née au début du mois de mai qui repense en profondeur la structure de l’entreprise et des échanges économiques. Ce bouleversement a un nom: DAO. Un acronyme pour Distributed Autonomous Organization derrière lequel se cache la première société d’investissement entièrement autonome et décentralisée fonctionnant grâce à la blockchain, c’est-à-dire la technologie algorithmique sur laquelle reposent les crypto-monnaies comme le Bitcoin ou l’ether.

DAO s’apparente à une cyberentreprise dont le conseil d’administration est remplacé par un logiciel. Elle prend ses décisions de façon décentralisée grâce à ses dizaines de milliers d’investisseurs petits et grands, qui votent pour ou contre les investissements qui lui sont proposés. De l’analyse des dossiers à l’accompagnement des entreprises en portefeuille en passant par la négociation et la structuration juridique des accords. DAO n’a ni chef, ni employés. Elle exécute des opérations de pair à pair sans le besoin d’intermédiaires.

La blockchain au-delà d’un usage monétaire

Cette société autonome et décentralisée fonctionne sur le réseau blockchain de la start-up Ethereum et sa devise virtuelle l’ether dont l’unité s’échange à 13,5 dollars. Fondée en 2013, Ethereum étudie les potentialités des protocoles de cryptage au-delà d’un usage purement monétaire: rédaction de contrats numériques, vote électronique, covoiturage, réservations d’hôtel… Le tout dans un écosystème décentralisé qui ne dépend pas de la compétence d’une autorité centrale, d’un gouvernement ou d’une entreprise. En d’autres termes, ce que la monnaie virtuelle bitcoin est à l’argent, l’ether l’est pour tout le reste.

Le système développé par Ethereum fonctionne comme la quasi-totalité des crypto-monnaies. Pour rappel, ces monnaies virtuelles s’échangent de gré à gré via des plateformes internet contre des devises réelles. Leur gestion évolue dans un système décentralisé. Aucune banque, donc, ni billet. L’argent est créé en résolvant des algorithmes par un logiciel, dont la puissance de calcul est partagée en réseau. La communauté gère les transactions et la création de la monnaie. Personne ne les possède, ni ne les contrôle.

140 millions de dollars d’investissements

DAO a vu le jour au début du mois de mai. La levée de fonds initiée pour une durée d’un mois a déjà permis de collecter plus de 140 millions de dollars sous forme de crypto-monnaie de la part d’investisseurs. Il s’agit de la plus importante capitalisation dans l’écosystème des monnaies virtuelles. En échange de leur soutien, les investisseurs – 4000 à l’heure actuelle – reçoivent des jetons en ether. Ceux-ci s’apparentent à des parts ou des actions. Ils peuvent les utiliser pour voter sur les questions de gouvernance de l’entreprise, mais aussi sur la manière dont elle dépense ses ressources. Tous les investisseurs jouissent d’un pouvoir de décision, mais les plus grands investisseurs ont un nombre de voix supérieur aux plus petits. Par ce biais, les détenteurs de jetons ont un contrôle total sur les actifs de DAO et ses actions.

A Neuchâtel, Alexis Roussel est l’un des artisans derrière le lancement de DAO. Avec sa société Bity.com, le premier négociant suisse en monnaies virtuelles, Alexis Roussel aide les investisseurs potentiels à convertir leur mise en ether pour participer à DAO. Pour cet ex-président et toujours membre du parti pirate, DAO est «la forme la plus parfaite d’association entre les gens. Toutes les règles entre ces personnes sont gérées par un algorithme». DAO utilisera les fonds levés pour soutenir et investir dans des projets de l’économie de partage. Des start-up par exemple.

DAO est présenté comme un modèle pour un nouveau type d’organisation, créé et exécuté à l’aide du logiciel blockchain plutôt que par des structures d’entreprise classiques. Elle change de paradigme dans l’idée même de l’organisation économique, puisqu’elle offre une transparence complète, le contrôle total des actionnaires, de la flexibilité, ainsi qu’une gouvernance autonome, car l’ensemble des opérations et décisions sont inscrites dans le code source de la blockchain, elle-même régie par la technologie algorithmique. N’importe qui peut donc investir dans DAO.

Intermédiaire juridique en Suisse

Pour l’heure, DAO n’est pas une entité juridique. Cette entreprise virtuelle ne peut donc pas détenir d’actions. Elle investit dans des projets de l’économie de partage sur un format qui s’apparente plus à des royalties. Ainsi, en échange des fonds, l’entreprise dans laquelle investit DAO, s’engage à lui verser une partie de ses profits futurs. A l’avenir, cet engagement sera inscrit dans le code source des entreprises financées afin de rendre la fraude techniquement impossible, mais à court terme la société de droit suisse DAO.LINK jouera le rôle d’intermédiaire juridique en contractant d’un côté avec DAO – ce que permet le droit suisse – et de l’autre avec les entreprises financées.

Si DAO ouvre le champ à de nouvelles formes d’organisation d’entreprises et de coopération économique, elle doit encore répondre à de nombreuses questions. Les jetons reçus peuvent être achetés et revendus à des fins spéculatives. Mais quel est leur statut légal? Que se passe-t-il en cas de litige entre DAO et ses investisseurs? Qui tranche, les tribunaux traditionnels ou le code source? Malgré tout, DAO reste à ce jour la plus grande expérience de nouvelle forme de société qui pourrait devenir la norme au cours de ces prochaines années.

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