capture-decran-2016-11-03-a-09-52-54

La justice suisse saisit les voitures de Teodorin Obiang sur le tarmac de Cointrin

Le vice-président de Guinée équatoriale tentait de faire sortir de Suisse ses onze bolides de luxe. Trop tard: ils ont été aussitôt séquestrés.

Teodorin Obiang, 47 ans, s’est de nouveau fait confisquer ses jouets. Lundi 31 octobre dans la soirée, le Ministère public de Genève a fait saisir 11 voitures de luxe appartenant au vice-président de Guinée équatoriale, une minuscule république pétrolière d’Afrique centrale dont la majorité des 740 000 habitants vit dans une pauvreté absolue et sous la coupe d’un des régimes dictatoriaux les plus corrompus du monde.

Parmi les véhicules séquestrés, les procureurs genevois ont mis la main sur une Porsche 918 Spyder devisée à plus de 750 000 euros, une Bugatti Veyron à 2 millions ainsi qu’une Koenigsegg One, une inestimable supercar suédoise, réputée comme étant la plus puissante du monde et produite à 7 exemplaires seulement. Les voitures étaient discrètement garées dans la zone de fret de l’aéroport de Cointrin.

Selon toute vraisemblance, Teodorin Obiang, alerté par l’ouverture récente d’une enquête du parquet genevois à son encontre, tentait de mettre ses bolides à l’abri en les faisant expédier par avion-cargo vers une destination inconnue. Encore raté.

Saisies à répétition

Fils aîné du président équatoguinéen, Teodorin Obiang est un habitué des procédures de séquestre. En 2011, les procureurs français chargés de l’affaire dite «des biens mal acquis» avaient déjà fait saisir 18 voitures de luxe lui appartenant, abritées dans un immense hôtel particulier de 101 pièces et 4000 m2 du XVIe arrondissement de Paris. La demeure était si vaste qu’il a fallu dix jours aux enquêteurs pour la perquisitionner. Puis rebelote en 2014, cette fois aux Etats-Unis.

L’accusant d’avoir blanchi des fonds issus de la corruption, le Département de la justice américain lui avait confisqué sa villa à Malibu, une collection d’objets ayant appartenu à Michael Jackson et 28 voitures de collection. En septembre dernier, après cinq ans d’imbroglios diplomatico-judiciaires, Teodorin Obiang a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour «détournement de biens publics, de corruption ou d’abus de biens sociaux commis en Guinée équatoriale».

Selon les juges, les sommes dilapidées en vêtements, bijoux, objets d’art, immobilier et véhicules de luxe atteindraient les 200 millions d’euros, uniquement en France. Un montant difficilement conciliable avec son salaire ministériel de l’époque, officiellement fixé à 8000 dollars par mois.

Multiples visites à Genève

Parmi les destinations favorites de Teodorin Obiang, la seule qui l’accueillait encore à bras ouverts était la Suisse. En mars dernier, L’Hebdo avait révélé les allées et venues incessantes des avions privés du clan Obiang à Genève. Celui du père s’y est posé onze fois entre janvier 2015 et mars 2016, y stationnant huitante-six jours.

Le jet Dassault 900 de Teodorin a passé soixante-neuf jours à Genève, en huit séjours. Un autre jet équatoguinéen, un Falcon 50, est resté huitante-trois jours à Cointrin en neuf voyages. Un des avions utilisés par le clan, placé sur liste noire par l’Union européenne pour des raisons de sécurité, obtenait régulièrement des autorisations spéciales de l’Office de l’aviation civile pour venir se poser à Genève.

Lire. Piégé par un robot Twitter, Teodorin Obiang placé sous enquête par la justice suisse

Ces séjours à répétition montrent une chose: pendant toute la période durant laquelle les autorités américaines et françaises enquêtaient sur lui, Teodorin Obiang gérait ses affaires depuis Genève. L’hôtel particulier parisien et une bonne partie des dépenses étaient réglés par des sociétés suisses. Après plusieurs demandes d’entraide adressées par la France, le Ministère public genevois a finalement décidé d’ouvrir sa propre enquête, comme l’ont révélé la Tribune de Genève et 24 heures le 18 octobre dernier.

La nouvelle a probablement résonné comme le tocsin au sein du clan Obiang. Selon nos informations, plusieurs voitures ont été entreposées sur le tarmac de Cointrin peu après la confirmation de l’ouverture de l’enquête. Plusieurs autres véhicules, dont la fameuse Koenigsegg One, y ont été acheminés lundi dans la matinée.

Alerté dans l’après-midi, le Ministère public a réagi très rapidement, prononçant le séquestre quelques heures plus tard. Calquée sur celle lancée en France, la procédure genevoise se base sur des «soupçons de blanchiment de fonds issus de la corruption et de gestion déloyale» à l’encontre de la Guinée équatoriale.

La vente aux enchères des voitures de Teodorin Obiang saisies à Paris, qui s’était tenue en 2013 à l’hôtel Drouot, avait rapporté 3 millions d’euros à l’Etat français. Elle avait aussi offert de belles occasions aux amateurs – honnêtes – de bolides de luxe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *