Le business du sang

Derrière les intentions généreuses du don du sang, une filière complexe et extrêmement lucrative alimente les caisses de grandes multinationales. Car à partir du sang, on fabrique du plasma, un produit sanguin coûteux et indispensable aux hôpitaux et aux patients. Pour fabriquer ce produit mondialisé, des miséreux et toxicomanes des banlieues américaines sont condamnés à vendre leur sang pour survivre ou acheter leur dose. Destination : le monde entier, dont la Suisse. Si les risques d’infection semblent limités, ce business du sang des pauvres pose de sérieuses questions morales.

Nous sommes dans la banlieue ravagée de Cleveland, en Ohio. D’Angelo, un mécanicien sans emploi, se rend deux fois par semaine dans un centre de collecte pour vendre son sang et ainsi pouvoir se nourrir. Deux fois par semaine, c’est énorme et très astreignant pour le corps. Mais D’Angelo n’a pas le choix. Lui, c’est pour survivre qu’il se fait extraire le précieux liquide. D’autres pauvres hères de son quartier, des toxicomanes, n’ont plus que ce moyen pour se payer une dose.

Ces donneurs de sang misérables alimentent une industrie colossale. Car le marché médical est fortement demandeur de plasma sanguin. Facturé à prix d’or aux hôpitaux et aux patients, le plasma est un produit d’exportation mondialisé, qui alimente un marché très lucratif, contrôlé par quelques multinationales, dont la Suisse Octapharma, basée à Schwytz.

Cette enquête exclusive de Temps Présent, menée durant de longs mois, démontre notamment  que des échantillons de sang prélevés dans la banlieue de Cleveland ont servi à fabriquer du plasma destiné à la Suisse. Confrontés à cette réalité, des patients suisses se disent choqués de découvrir les dessous de ce business.

Certes, il semble peu probable que les pratiques douteuses de cette filière provoquent une catastrophe sanitaire comparable à l’affaire du sang contaminé. Mais ce business, dans lequel le sang des plus pauvres finit dans les veines des plus riches, posent de sérieuses questions morales.

Ce documentaire est diffusé en Suisse sur la RTS.

Voir aussi notre article paru dans L’Hebdo à ce sujet.

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